Les maires et les parlementaires de 40 différents pays appellent la Russie et les États-Unis à préserver le traité FNI

Les maires, les parlementaires, les experts politiques et les représentants de la société civile lancent un appel conjoint aux États-Unis et à la Russie, leur demandant de préserver le traité sur les Forces Nucléaires à portée Intermédiaire (FNI), d'empêcher une nouvelle course aux armements nucléaires en Europe et de prendre des mesures pour réduire le risque d'un conflit nucléaire.

 

L'appel a été rédigé et adopté lors d'une conférence régionale européenne sur le désarmement et le désinvestissement nucléaires qui a eu lieu à  Bâle, le 15 janvier.

Le 30 janvier 2019, des maires, des parlementaires, des experts politiques et des représentants de la société civile de quarante différents pays - principalement d'Europe et d'Amérique du Nord - ont envoyé une lettre ouverte, l'appel de Bâle pour le désarmement et la sécurité durable, aux présidents Poutine et Trump et aux élus russes et américains.

La lettre appelle les deux dirigeants à préserver le Traité sur les Forces Nucléaires à portée Intermédiaire (FNI), prévenir une nouvelle course aux armements nucléaires en Europe, prendre des mesures pour réduire le risque de conflit nucléaire et soutenir enfin le désarmement nucléaire mondial. (Appel également disponible en anglais, allemand, russe et espagnol).

Le traité INF est un accord historique conclu en 1987 entre les États-Unis et l'Union Soviétique visant à éliminer tous leurs missiles balistiques et de croisière lancés depuis le sol ayant une portée de 500 à 5 500 km, qu’ils soient conventionnels ou nucléaires. Le traité prévoit aussi des nombreuses inspections sur place pour vérifier l’exécution effective de l’accord.

Lukas Ott, élu de la ville de Bâle, se dirigeant aux maires et aux parlementaires au cours de la conférence régionale européenne de Bâle, le 19 janvier

En octobre 2018, le président Trump a annoncé son intention de retirer les États-Unis du traité FNI. Le département d'État a ensuite annoncé que les États-Unis suspendraient la mise en œuvre du traité à compter du 2 février 2019 et entameraient le processus de retrait de six mois. Si le traité était dissous, cela stimulerait encore davantage l’actuelle course aux armements nucléaires. En particulier, cela ouvrirait la porte au retour en Europe de missiles nucléaires à portée intermédiaire basés au sol, ainsi qu'au déploiement américain de ces missiles en Asie.

« Nous sommes extrêmement inquièts de la détérioration de l'environnement de sécurité en Europe et au niveau international qui a amené le Bulletin of Atomic Scientist à placer les aiguilles de l’Horloge de la fin du monde 2 minutes avant minuit », a déclaré Christine Muttonen (Autriche), coprésidente des Parlementaires pour la Non-prolifération et le Désarmement Nucléaire (PNND).

« Les controverses concernant le traité FNI doivent être résolues à travers le traité et non pas par son abandon. Les autres conflits doivent également être résolus par le biais de la diplomatie et des mécanismes de sécurité commune tels que les Nations Unies et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) », a déclaré Mme Muttonen, qui a récemment été présidente de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. « Ils ne peuvent pas être résolus en augmentant les menaces nucléaires et en intensifiant la course aux armements. »

Les signataires de l’appel incluent (de gauche à droite) Steve Benjamin, maire de Columbia en Caroline du Sud et président de la Conférence des maires des États-Unis; Paul Quilès, maire de Cordes sur Ciel (France) et ancien ministre Français de la Défense; Christine Muttonen, ancienne présidente de l'Assemblée Parlementaire de l'OSCE; Mogens Lykketoft, ancien ministre des Affaires étrangères du Danemark et ancien président de l'Assemblée générale des Nations Unies et Claudia Roth, vice-présidente du Parlement allemand (Bundestag).

« Les maires et les parlementaires, notamment européens, ne resteront pas les bras croisés pendant que les Etats-Unis et la Russie érodent notre sécurité », a déclaré Thore Vestby (Norvège), vice-président de Mayors for Peace (maires pour la paix) et ancien député du parlement norvégien. « Les villes et les parlements prennent donc des mesures pour soutenir les traités sur le contrôle des armes nucléaires tels que le FNI et le START ; promeuvent des mesures additionnelles telles que le principe de non-emploi en premier et le nouveau Traité sur l'Interdiction des Armes Nucléaires ; et cherchent à mettre fin aux investissements étatiques et municipaux dans les entreprises d’armes nucléaires. »

« Les élus des États dotés d'armes nucléaires ont un rôle spécifique à jouer pour empêcher l'autorisation et le financement d’armes nucléaires nouvelles et plus sophistiquées qui augmentent le risque de destruction de l'humanité par accident, erreur de calcul ou intention », a déclaré Paul Quilès (France), maire de Cordes sur Ciel, président d'Initiatives pour le Désarmement Nucléaire et ancien ministre de la Défense Français.

« Le fait que le président de la Conférence des maires des États-Unis fasse partie des 18 maires américains qui ont donné rapidement leur aval montre clairement que ‘Main Street USA’ s'oppose au programme d'armement nucléaire déstabilisant et coûteux de l'administration, et soutient les efforts actifs visant à réaliser l’objectif d’un monde sans armes nucléaires », a déclaré Frank Cownie, maire de Des Moines (Iowa) et vice-président des Maires pour la Paix.

« Nous ne voulons pas voir les jours sombres de la guerre froide des années 80 revenir en Europe. Il est impératif de consacrer au maintien du régime de désarmement nucléaire tous les efforts nécessaires, afin d’empêcher le retour des armes nucléaires sur le continent européen ", a déclaré le conseiller David Blackburn, président des Autorités Locales sans Nucléaires britanniques et irlandaises (UK & Ireland Nuclear Free Local Authorities). « J'exhorte les États-Unis et la Russie à reprendre les négociations et à ne pas chercher à construire une nouvelle lignée d'armes nucléaires dangereuses. »

Andreas Nidecker (Président du Basel Peace Office), Christine Muttonen (Coprésidente du PNND) et Kristýna Chyňavová (Chargée de mission au PNND, République tchèque) au Forum de la Paix de Bâle, en train de compter les millions d'euros dédiés aux armes nucléaires de les investir au contraire dans les objectifs de développement durable (SDG).

« Les armes nucléaires et le changement climatique constituent une menace existentielle pour les générations actuelles et futures», a déclaré le Dr Andreas Nidecker (Suisse), président du Basel Peace Office. "Les énormes sommes consacrées aux armes nucléaires - plus de 100 milliards de dollars par an - devraient plutôt être dépensées dans des domaines qui renforcent notre sécurité - tels que la diplomatie, la protection du climat et les objectifs de développement durable."

« La diplomatie commence à travailler sur la péninsule coréenne, le Nord et le Sud établissent des contacts culturels, sportifs et autres, en dépit de leurs différences politiques », a déclaré Alyn Ware (République Tchèque), coordinateur mondial du PNND et membre du World Future Council (Conseil pour l’avenir du monde). "Nous soutenons pleinement le processus de paix et de dénucléarisation en Corée et appelons les États-Unis, l'OTAN et la Russie à adopter une approche diplomatique similaire en ce qui concerne les conflits dans lesquels ils sont engagés et à contribuer à l'instauration du désarmement nucléaire dans le monde."

Pour plus d’éléments de contexte :